PALIMPSESTE

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Economie mondiale


Vaste collusion pour grande régression


J'écrivais cela le 15 février dernier dans l'article Grèce : comment l'esprit de Périclès périclita

"Si le cas de la Grèce est emblématique, il n'en demeure pas moins périphérique. Ce qui menace n'est pas tant la cessation de paiement de la seule Grèce, ni l'effet domino, la Grèce ne représentant que 2.5% du PIB de la zone euro. On entend aussi parler du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie, on susurre parfois aussi la France. Mais, la réalité est toute autre, tous ces pays ne sont que des paravents : les dangers les plus importants menacent la Grande Bretagne et surtout les États-Unis dont les dettes publiques et les déficits sont abyssaux."

Un fil d'Ariane dans un labyrinthe pourtant cousu de fil blanc

Nous sommes aujourd'hui fin avril à la moitié du chemin. L'effet domino, tant prévisible a bel et bien débuté et nous savons bien que ce type de dynamique, une fois enclenché, est quasi impossible à stopper. Or, dans cette intervalle de 45 jours qu'ont entrepris les gouvernements européens pour colmater la brèche et éviter la contagion ? Rien, strictement rien. Il ne fallait pas être devin pour anticiper ce mécanisme, la preuve je l'avais évoqué ! Au moment où j'écrivais l'article je notais que la Grèce empruntait à 6% sur 10 ans. Aujourd'hui c'est plus de 11%
Tout un chacun sait aussi, que les prophéties auto-réalisatrices ne sont pas rares en matière économique surtout lorsqu'on aborde le monde financier qui joue constamment à se faire peur.

Ulysse pris entre Charybde et Scylla

L'autre aspect de mon texte visait à montrer combien les politiques étaient à la merci des "investisseurs" et par là combien les populations étaient dépossédées de leur souveraineté. L'attitude des gouvernements européens depuis lors n'a cessé, hélas, de confirmer cette analyse. L'inaction en matière d'aide concrète combinée aux injonctions délirantes faites à la Grèce ( on est allé jusqu'à demander aux Hellènes d'amputer les salaires privés, ou encore de geler le recrutement dans le public !) nous amènent à envisager non une soumission des pouvoirs politiques aux marchés financiers mais à une collusion entre eux. Même avec la meilleure volonté du monde et , sans rien céder aux chants de sirènes des thèses conspirationnistes, tout concourt à avancer la connivence, l'entente tacite entre ces deux groupes.

Ulysse prêt pour un grand voyage européen

Dans cette perspective, le cas de la Grèce va être érigé en paradigme par les gouvernants (politiques). Sur l'air bien connu de "Nous avons été cigale dispendieuse nous devons redevenir fourmi laborieuse." annoté du couplet sur "Regardez les réformes courageuses entreprises par nos voisins européens" la grande régression sociale européenne pourra commencer à prendre forme. Car pour les marchés financiers, l'unique moyen pour l'Europe de sortir de l'ornière (et par là de redevenir bien juteuse) réside dans la baisse globale du niveau de vie européen. Ce que l'on pourrait résumer par "En vivant moins bien, on est contraint de travailler davantage."

Le social et la démocratie en rade

Cerise sur le gâteau : au passage on achève la sociale-démocratie. Les mesures les plus régressives en matière sociale à l'heure actuelle sont prises par les quelques rares socio-démocrates au pouvoir en Europe : Grèce, Portugal, Espagne, Royaume Uni ont reculé l'âge de la retraite, diminué certains minimas sociaux, amputé le salaire des fonctionnaires, augmenté leur TVA, et j'en passe. Le discrédit de la gauche (la sociale démocratie qui jusqu'à présent est la seule qui soit parvenue aux affaires en Europe )est ainsi total et irréversible. Elle ouvre le champ à une radicalisation politique.

L'aveu

Raffarin déclarait il y a peu : "“Dans une politique nationale, vous avez deux juges. Vous avez le peuple, mais aussi l’opinion publique internationale qui regarde si votre politique est crédible ou pas. Qu’est ce qui se passe en Grèce ? L’opinion publique mondiale a fait en sorte que la politique Grecque n’était pas crédible (lapsus?) Elle n’a pas cru à cette politique et aujourd’hui la Grèce, très endettée, à des taux d’intérêt de 8%." Qu'entend Jean-Pierre par opinion publique internationale ? Il entend par là caste mondialisée de requins de la finance socialement reproductible et pleine aux as qui impose ses vues et spécule partout et sur tout. Ce que notre ex premier ministre nous a dit c'est qu'il fallait bien comprendre que la souveraineté populaire n'existe plus et que les politiques ne sont que les relais communicants auprès des gueux des autorités financières.

Opération reconquête

Pour effacer leurs pertes sur le marché actions, les marchés ont joué sur les matières premières (2007), les produits agricoles (2008), l'or (2009) sur les obligations d'Etat (2010). Cette année, ils parient que vous ne serez pas capables de payer la dette de votre pays et dans le même temps les gouvernants vous expliquent qu'il va falloir la payer. C'est aux populations (qui d'autre ?) de réagir en œuvrant collectivement en faveur d'une interdiction de spéculer sur les marchés obligataires d'Etat. Il est proprement délirant que ce soient des agences de notation privées ( 3 en tout et toutes anglo saxonnes d'ailleurs) qui soient seules en mesure d'évaluer ce qu'un pays est capable de supporter comme dette ! Il faut des agences transnationales de notation, c'est la moindre des choses.
Ensuite il faudra envisager la "démondialisation" pour retrouver un semblant d'équilibre. Un peu de patience, on y viendra.

29/04/2010
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Grèce : Comment l'esprit de Périclès périclita

Rapidement pour les non initiés. La Grèce est aujourd'hui confrontée à une situation politico économique des plus dangereuses. Les déficits publics grecs jugés excessifs par les marchés alimentent des spéculations sur l'Euro. L'ampleur de la dette comme des déficits de la Grèce sont notoirement élevés depuis une bonne dizaine d'années, c'est-à-dire au moins depuis la création de la monnaie unique ; tous les banquiers et investisseurs mondiaux le savaient. C'est d'ailleurs certaines banques américaines qui avaient "aidé" la Grèce à camoufler ces chiffres désastreux. Les grands argentiers européens comme la BCE en avaient également pleinement conscience mais ont préféré passer outre et considérer que la Grèce remplissait les critères nécessaires pour intégrer la zone euro. Aujourd'hui ces déficits se sont accrus, en partie mais en partie seulement en raison de la crise économique. Les fonds américains et les banques qui ont tant perdu il y a un an, veulent se refaire la cerise. Or, comme le marché actions demeure incertain, ce dernier est plutôt délaissé par les requins de la finance. Mieux vaut se tourner vers les nouvelles bulles spéculatives, notamment celle des obligations d'État. Le jeu consiste à repérer les États les plus fragiles, à spéculer sur leur monnaie. Dans le même temps, les agences de notations internationales (qui attribuent des notes censées donner la "qualité" des emprunteurs), qui avaient elles mêmes été sanctionnées pour leur aveuglement lors de la crise des subprimes, n'hésitent pas à baisser la note de pays fragilisés. Cela a pour effet de renchérir les "garanties" (appelés Credits défaults swaps CDS) sur les emprunts d'État.C'est sur ces CDS que les banques spéculent aujourd'hui, certains de voir leurs clients (ici les contribuables) leur garantir de jolis profits en temps de vaches maigres. La Grèce emprunte ainsi aujourd'hui à plus de 6% quand l'Allemagne peut le faire à 3,5% environ. Résultat : La Grèce va connaître un accroissement de son déficit et donc de sa dette faute d'une croissance suffisante.

Et c'est là que l'hydre UE entre en jeu. Refusant pour l'heure l'ingérence du FMI dans la zone euro, elle cherche à "rassurer les marchés" sur le dos des Grecs. Il s'agit ni plus ni moins de se substituer au FMI par le biais d'une "gouvernance économique" de la zone euro. Mais avec les même méthode que l'institution internationale honnie et à la main des anglo saxons. En d'autres termes, la Grèce va être soumise aux mêmes injonctions que le Mexique avant hier ou l'Argentine hier. Réduction des dépenses publiques, blocage des salaires, inflation minime, moins de services publics, moins de fonctionnaires, renflouement des comptes sociaux par recul de l'âge de la retraite et une couverture médicale restreinte et j'en passe. Tout cela dans le seul but de réduire la dette et donc de contenter les marchés. Les pays majeurs de l'Union (France et Allemagne) tentent de rouler les mécaniques, affirment sans ciller, qu'ils exerceront un contrôle étroit sur les dépenses grecques. "Vous allez voir ce que vous allez voir" en s'adressant auxdits marchés, afin de leur montrer leur "détermination sans faille" et la "solidité inébranlable" de la monnaie unique en corollaire.

Il y a un an la jeunesse grecque s'était révoltée, les socialistes sont revenus au pouvoir il y a peu, grâce à un programme plutôt social démocrate. Aujourd'hui, virage à 180° (comme d'ailleurs dans l'ensemble des pays "socialistes" d'Europe, Espagne, Portugal, voire Grande Bretagne), priorité est donnée au remboursement. Face au reniement politique, à la situation calamiteuse de leurs comptes publics, à un marché intérieur dans lequel la consommation faiblit, de la dépendance économique de la Grèce au tourisme de masse, quelles seront les réactions d'un peuple dépossédé de toute souveraineté ? Le politique cède une nouvelle fois le pas devant l'injonction économique. Les citoyens réduits au silence, trahis par leur classe politique, sommés de s'aligner sur des intérêts extra nationaux, voilà où en est le berceau de la démocratie ! Mise sous tutelle, la Grèce aura du mal à se consoler avec la reconnaissance par l'UE de son "apport philosophique" déterminant à l'identité européenne.
Périclès faisait l'éloge de la démocratie et affirmait que la supériorité des Athéniens au V° siècle av. JC provenait de leur système de gouvernement de la cité. Aujourd'hui c'est l'inverse, le système démocratique apparaît comme un frein à l'épanouissement économique. Redistribuer les richesses est jugé contre productif, il suffit de donner quelque aumône aux plus pauvres et de pressurer les autres pour le profit d'une infime minorité.

La Grèce est un cas emblématique de ce qui va survenir dans ce qu'il est convenu d'appeler le "monde occidental" avec en parallèle "le basculement du monde vers l'Asie". Où l'on découvre que, loin de faciliter l'installation de la démocratie, le libre marché et la concurrence internationale ont plutôt tendance à bâilloner les peuples, à pressurer leurs salaires, à réduire leurs droits fondamentaux au premier rang desquels celui de pouvoir choisir librement leur modèle politique, social et culturel. Où l'on découvre que le basculement vers l'Asie profite non pas au Japon démocratique mais à la Chine, au Viet nâm, à Dubaï, à Singapour... autant de modèles en matière de démocratie. Le libéralisme est un instrument d'asservissement social mais on le savait. Ce qui est plus nouveau est qu'il est en réalité totalement découplé de la pratique et de la bonne santé de la démocratie. Le "libéralisme" en tant que système international est un fossoyeur de la démocratie. Asservissement social et politique donc...voilà ce qui nous attend (et ce que nous commençons à subir).

L'effondrement du communisme n'aura donc pas permis l'affermissement de la démocratie. L'échec de ce dernier résulte de son inadaptation économique, le vainqueur fut donc un modèle économique concurrent et plus vaillant (car capable de donner à consommer) à l'époque : le libéralisme. Lui s'est épanoui, a déferlé dans toutes les parties du monde, s'offrant des marchés gigantesques si l'on songe aux mondes communistes d'Asie et d'Europe alors devenus avides des nouveautés et des promesses du "monde libre".

Si le cas de la Grèce est emblématique, il n'en demeure pas moins périphérique. Ce qui menace n'est pas tant la cessation de paiement de la seule Grèce, ni l'effet domino, la Grèce ne représentant que 2.5% du PIB de la zone euro. On entend aussi parler du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie, on susurre parfois aussi la France. Mais, la réalité est toute autre, tous ces pays ne sont que des paravents : les dangers les plus importants menacent la Grande Bretagne et surtout les États-Unis dont les dettes publiques et les déficits sont abyssaux. Pour mieux cacher leur situation désastreuse et donner à manger aux marchés ils montrent la zone euro, qui, pour des raisons structurelles, connaissent, proportionnellement , moins de difficultés. La Grèce disparaîtra d'ici peu de nos écrans, elle laissera la place à une tourmente monétaire d'ampleur mondiale et à une rechute économique.

Où se tourner pour retrouver un foyer démocratique ? Il semble que les Islandais, après la faillite des trois principales banques du pays, préfèrent se réorienter vers une reprise en main de leur destinée. Plutôt que d'être contraints à payer pendant des décennies pour les errements de leurs institutions financières, les Islandais devraient, par voie référendaire, entériner leur refus de payer leurs créanciers néerlandais ou britanniques au grand dam de ces derniers. Là où la démocratie progresse, le marché recule.
La démocratie radicale est à rechercher aujourd'hui au septentrion, pendant que se poursuit le crépuscule politique de la Méditerranée.

15/02/2010
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De la prospective sur un bateau ivre


La crise est finie, "des perspectives encourageantes", des signes positifs", le "bout du tunnel", une "reprise en vue". Telle est la litanie à la mode en ce printemps 2009 dès qu'il s'agit d'aborder la question de l'état de santé de l'économie mondiale.

Quel crédit accorder à ce discours ? De quoi s'agit-il, sur quoi s'appuie-t-il ? D'abord, ces propos n'ont de sens que pour les seuls Etats-Unis où l'on enregistre, ces derniers temps, un ralentissement de la dégradation. Oui, un ralentissement de dégradation, mais de reprise il n'est nullement question pour l'instant. Ce qui permet d'affirmer que la situation est"moins pire" qu'il y a quelques semaines, repose sur le bilan trimestriel des banques américaines. Ces bilans affichent pour la plupart des gains. Qu'en est il vraiment ? On sait (les pouvoirs publics, les banques, le citoyen bien informé...) que ces bilans sont largement falsifiés. Les actifs toxiques (les prêts que les clients ne peuvent plus rembourser) des banques sont en réalité dissimulés via des techniques de comptabilité ou grâce à des placements réalisés dans des centres off shore où règne la plus grande opacité. La santé réelle des banques américaines est en réalité bien plus grave. C'est pourquoi l'administration américaine, pour y voir plus clair, a décidé de soumettre les 19 principales banques du pays à des "stress test" pour connaître (ou approcher) le niveau réel de leur solvabilité. Les résultats définitifs doivent être publiés ce jeudi. Pour l'heure on sait que plus d'une dizaine d'établissements aurait besoin d'être renflouée (à elle seule Bank of América aurait besoin de 34 milliards de dollars après avoir déjà reçu plus de 40 milliards de subsides de la part des contribuables américains... Vous imaginez, cher lecteur, la bataille politique  entre l'administration Obama et les grands banquiers autour de la publication de ces chiffres. Ces "stress tests" ont par ailleurs été réalisés dans des conditions de marché plus favorables que la situation actuelle des Etats-Unis. Ainsi, on peut affirmer que la majorité des établissements bancaires américains est théoriquement insolvable. Pour être le plus précis possible, disons que leur capacité à s'autofinancer dépendra de la capacité de leurs clients à rembourser leurs dettes. Or ces derniers sont de plus en plus nombreux à être au chômage, ou à voir leurs salaires amputés. Nul doute, que le volume d'actifs toxiques détenu par les banques ne se résorbera pas de sitôt. L'Etat américain va devoir remettre une nouvelle fois la main au porte monnaie...*Les banques américaines sont sur une lame de rasoir, plus qu'incertaines de pouvoir faire face à de nouveaux défauts de paiement qui semblent inévitables. Dans ces conditions, elles prêtent peu, ce qui freine d'autant l'investissement, donc la reprise. Les banques américaines s'attendent donc à un été difficile. L'Etat fédéral n'aura, je disais, que peu d'alternatives : soit continuer à renflouer (recapitalisation) les banques, soit espérer un repreneur (peu nombreux quand il s'agit de grands malades donc hypothèse peu vraisemblable), soit nationaliser en partie (notamment à travers la mise en service d'une "Bad Bank" qui récupèrerait les actifs toxiques).
 Hypothèse 1 renflouement : Il s'agirait de la poursuite de ce qui a été entrepris jusqu'ici, donc quelque part un constat d'échec de la politique suivie, et peu de garantie pour l'avenir... Hypothèse 2 nationalisation : C'est la redégringolade assurée pour la bourse, et un endettement américain absolument faramineux, risquant de mettre en péril la confiance dans le dollar. Dans les deux cas, le pari est risqué...Reste la mise en faillite de ces banques, décidément plus bonnes à rien et non pas "too big to fail". Nouvelle panique boursière, ruine d'épargnants mais purge réelle du système financier.
Voilà pour la réalité de la situation financière américaine.

Mais alors me direz vous, comment se fait-il que Wall Street et dans son sillage toutes les autres bourses mondiales remontent la pente depuis plusieurs   semaines ?
 Deux aspects complémentaires pour répondre.
1 Des centaines de milliards de dollars ont été réinjectées dans le système financier global. Il s'agit d'en tirer profit, d'autant que le niveau très bas auquel est retombé le marché boursier autorise des opérations rentables à peu de frais. Il s'agit un peu de l'équivalent en grand (c'est à dire dans la durée et dans le volume global) de ce qu'on appelle communément un "rebond technique". Ce rebond technique est important mais il est d'une taille proportionnelle à l'ampleur de la crise.
2 Tout autre argument, durant la crise de 29 et de la décennie suivante, les bourses mondiales ont aussi connu des périodes de hausse allant jusqu'à 20%. Les mouvements boursiers ne sont jamais linéaires, à la hausse comme à la baisse. La tendance demeure d'ailleurs baissière pour les mois à venir.
On entend souvent que "la bourse anticipe" la situation économique dans les 6 mois à venir. C'est partiellement vrai. Remarquons déjà qu'elle a du mal à anticiper les crises. D'autre part, dicte-t-elle ou anticipe-t-elle la situation économique ?
Toujours est-il que le rebond actuel est théoriquement dû aussi à des statistiques moins mauvaises que prévu ces dernières semaines (consommation, emploi, marché immobilier)**
Prenons l'exemple de l'immobilier : Aux Etats-Unis toujours l'affirmation selon laquelle "les ventes reprennent" s'impose comme un leitmotiv, cependant les prix s'écroulent (en raison d'une augmentation considérable des saisies). Conclusion : Il y a de bonnes affaires sur le marché immobilier ! En même temps le patrimoine des ménages américains se réduit à la vitesse des prix. Ceux qui remboursent leur crédit immobilier, paient à des taux épouvantables pour conserver un bien largement surévalué. Ce sentiment cumulé à un fort endettement n'incite pas, lui non plus, à la consommation !
Le discours largement entendu a donc pour ressort une lecture volontairement partielle de la réalité afin de tenter de rétablir la "confiance". C'est aussi l'occasion pour les investisseurs de se renflouer un peu.

D'ailleurs plus personne ne croit au scénario en V (chute brutale de l'activité suivie d'une reprise vigoureuse) on évoque plutôt désormais une courbe en U (plus longue chute et reprise plus lente) ou en L (chute brutale suivie d'une longue stagnation). Bref, la crise s'installe dans le paysage pour longtemps. 2010 est évoquée au mieux comme une année de très faible croissance (conforme aux scénarii en U ou en L)

Bon et l'Europe maintenant ? Les States c'est bien sympathique mais ici, chez nous...on en est où et KESKIVANOUSARRIVER ? D'après ce que j'ai pu lire, mon pronostic est le suivant : Les banques européennes ont bien moins purgé leurs actifs toxiques que celles des Etats-Unis. On estime à 800 milliards d'euros (1000 milliards de dollars)le volume de ces actifs détenus par les seules banques allemandes. Alors bien sûr, bien que pourris, ces actifs ne vont pas perdre l'intégralité de leur valeur, mais une dépréciation de ne serait-ce que 10% signifierait 100 milliards d'euros à couvrir (soit 4 fois le plan de relance français) pour recapitaliser les banques allemandes. Les actifs à risque détenus par les banques allemandes proviennent pour l'essentiel de l'est européen. Depuis la sortie du communisme, les pays orientaux de l'Europe ont connu une vertigineuse croissance de l'accession à la propriété...cependant, là aussi, la hausse des revenus n'a pas suivi. Les ménages est européens se retrouvent pour beaucoup dans la même situation que leurs cousins d'outre Atlantique. L'Allemagne s'attend à une chute de 6% de son PIB, rappelons qu'il s'agit aussi de notre premier partenaire commercial. Nos autres voisins ne sont guère mieux lotis : la Grande Bretagne renoue avec ses pires années, et songe même (c'est dire !) à intégrer la zone euro. L'Espagne flirtera à la fin de l'année avec les 20 % de chômeurs. Oui, une personne active sur cinq au chômage de l'autre côté des Pyrénées à la fin de l'année. Je passerai sur la situation encore plus catastrophique de certains petits pays (Islande, Irlande, Hongrie, Pays baltes, Autriche, Grèce). Le paradis suisse vacille aussi.
La France, on l'entend beaucoup ces temps ci, "s'en sort mieux que ses voisins". C'est partiellement vrai, pour l'instant. (Pour des raisons qui ne doivent rien avec les mesures politiques de notre bon maître, bien au contraire...mais ce n'est pas mon propos ici) La puissance de la secousse est moindre pour l'instant en France (comme dans les années 30, la France, pour des raisons économiques structurelles (financiarisation moindre de l'économie, pays peu exportateur au regard des autres grandes économies du continent) est frappée avec retard par la crise. C'est en 1933 seulement que la crise atteignit véritablement la France). Mais cela signifie avant tout que la crise va être plus longue en France, et que donc, il y a fort à parier sur un retard lors de la reprise mondiale...si tant est qu'il y en ait une dans un horizon de moins d'un lustre ! L'emploi va continuer de se dégrader. Les révisions de prévision de croissance laissent entendre que son recul sera supérieur à 3% en 2009. 2010 sera au mieux marquée par une stagnation du PIB (+0.2%). Il y a deux mois on nous parlait d'une chute de 1.5%...et d'une reprise dès la rentrée 2009.
Le cap des 3 millions de chômeurs est en réalité déjà largement dépassé(si l'on inclut les DOM et l'ensemble des catégories), les estimations les plus raisonnables font état d'au moins 800000 chômeurs supplémentaires pour 2009. Quant à 2010, aucune prévision mais avec aussi peu de croissance et une incitation aux heures supplémentaires, la réduction des postes de fonctionnaires, on voit mal l'embellie !

Enfin, le reste du monde, très rapidement, non pas par mépris mais parce que si vous êtes déjà arrivés jusqu'ici, vous frôlez l'indigestion :
Le Japon est à l'agonie. Le gouvernement nippon vient de lancer son 6° plan de relance, la production industrielle est en chute libre, le volume des exportations est historiquement bas.
La Chine enfin. Les données sont plus sujettes à caution et de toute façon plus parcellaires. On dit que la crise y est mois grave que prévue. Le discours sur l'état économique de l'empire du milieu est sensiblement le même que celui qu'on veut nous faire gober concernant les Etats-Unis. Les quelques données que j'ai pu croiser font état d'une chute de la production industrielle de l'ordre de 10%, d'une croissance estimée à 6.5% (à comparer aux 9-10% de ces dernières années) et d'une explosion du chômage. Mais tout cela est à prendre avec des pincettes. En fait, le défi de la Chine est de parvenir à développer son marché intérieur pour moins dépendre de ses exportations. Ce que l'on sait de façon sûre c'est que l'Etat chinois, via ses fonds souverains, place moins dans les bons du trésor américain, et a préféré acheter 400 tonnes d'or le mois dernier ! Prudence donc...

Vous l'aurez compris, je suis assez pessimiste (j'espère) mais réaliste (je le crains). La chose la plus insupportable serait en réalité que les rustines empêchent le ballon de se dégonfler totalement. Il est inadmissible que les pouvoirs publics acceptent unanimement de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour relancer ce qui a failli. Il est inadmissible que tous ces beaux esprits libéraux de la veille engagent les deniers de l'Etat pour redonner vie à un système qui cause notre ruine à tous. Si l'on doit sauver les banques (admettons) que l'on se donne au moins les moyens de les contrôler !!  En somme, si l'on doit payer une fois de plus pour les riches, que ce soit la der des der!!

*C'est d'ailleurs pour cela que les Etats ont commis une erreur (idéologique) en privilégiant la relance par l'investissement et non par la consommation (la consommation est en berne partout en raison d'une part de la stagnation des salaires et d'autre part d'un surendettement des ménages). La "bulle des pauvres", et ils sont nombreux, se dégonfle : Dans les pays développés, on a en effet poussé les pauvres à s'endetter (prêts immobiliers, à la consommation) comme une soupape de sécurité, comme une promesse d'ascension sociale par l'endettement. Dans ce système, le travailleur pauvre demeure un travailleur pauvre (stagnation salariale) mais vit comme un riche (propriétaire). Ce qui vous le comprenez est intenable.
**On ne peut que sourire, du coup,à ce qui est dit au dessus : Comment se fait il que la Bourse anticipe tout en dépendant de la situation présente ?



07/05/2009
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Le dollar est mort, vive le Yuan !

 
Un zeste de pédagogie et une cuiller de prospective !
 
    >La crise continue de produire ses effets. Comme je l'avais annoncé en Janvier, la crise monétaire est en train de succéder à la crise financière, risquant d"'impacter"  encore davantage la crise économique proprement dite.
 
    Je présente mes excuses anticipées auprès de ceux qui sont plus économistes que moi, mais leurs contributions seraient les bienvenues...dans mon futur blog !! Je vous tiendrai informé.
 
    Le 18 Mars dernier, Obama a donné le feu vert à la Fed (banque centrale) pour le rachat de bons du trésor américain à hauteur de 300 milliards d'euros. Autrement dit, la Fed va racheter 300 milliards de dettes avec 300 milliards de dollars qu'elle créera spécialement à cet effet. (Pratique ayant un antécédent lors de la guerre du Vietnâm, avant le choc pétrolier de 73 dans un contexte de croissance)
 
 
Pour voir les effets bénéfiques de cette politique économique voir     //www.boursorama.com/votreinvite/interview.phtml?num=062c558c5a3664a01476e11cf79d05f5
 
La planche à billets fonctionne donc à plein régime outre atlantique. tout cela à des taux d'intérêt nuls, il n'est donc rien de plus tentant que d'emprunter à nouveau. Gonflant encore la masse monétaire et la dette. Les États Unis rachètent eux mêmes leur dette puisqu'ils ne peuvent plus la rembourser !
 
Si vous êtes plus pessimistes consultez
 
    Pour la Chine (et le Japon) principaux détenteurs de bons du trésor américain (à hauteur de plusieurs centaines de milliards de dollars), il faut liquider au plus vite ces positions. En effet, puisque l'on crée des dollars à tours de bras ces quelques centaines de milliards ne vaudront plus rien dans quelques mois.
Les Chinois réinvestissent (dans les matières premières et l'énergie) ce  qu'ils parviennent à en retirer aujourd'hui. (Ces achats se font à bon compte, principalement en Afrique, dans une monnaie, le dollar, qui commence à se casser la figure.) Or si les Africains accumulent des dollars, c'est bien que ce dernier ne vaut plus rien !!! (cynique mais bien vrai)
 
    D'ici un an, les économies asiatiques seront bien moins dépendantes de l'économie US, car elles auront retiré une bonne partie de leurs billes. Les Etats-Unis vont devoir racheter encore les positions liquidées par les asiatiques, gonflant encore davantage le volume de dollars en circulation. A cette date, dans moins d'un an, d'après ce que j'ai pu lire, le dollar se sera déprécié dans des proportions considérables. Dans ces conditions, il ne pourra demeurer monnaie d'échange internationale. La viabilité du dollar ne tiendra en fait qu'à la confiance accordée non pas en l'économie américaine mais en ses capacités de rebond. Serons nous prêts (UE, Asie et États pétroliers) et en état de rembourser la dette américaine ? Si tel n'est pas le cas, le dollar s'effondrera, entraînant une crise monétaire plus grave qu'en 29...dont l'issue paraît des plus hasardeuses.
 
    Si je dis, "serons nous en état" c'est que cette baisse du dollar ne nous est pas du tout favorable, surtout pour l'Allemagne, principal partenaire de la France par ailleurs. Un euro trop fort face au dollar et les exportations déjà en berne vont dramatiquement chuter. La zone dollar regagnera comparativement en compétitivité ce que nous aurons perdu. Les multinationales américaines auront tout intérêt à accélérer leur délocalisations en zone dollar.
 
Bon pour en cesser avec ces trop nombreuses conjectures, je me résume : la crise monétaire mondiale semble inéluctable et, il n'est pas sûr que les Etats du monde souhaitent continuer à financer les erreurs et les faiblesses de l'économie américaine. Je reste sur mon idée de départ : cette crise économique est la traduction du "déclin de l'empire américain" (merci Emmanuel) , qui vont devoir, d'une manière ou d'une autre passer le relais quelque part en Asie, pas trop loin de la Chine... Le dollar est mort, vive le Yuan !

29/03/2009
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